Un arpenteur singulier nous a quittés cet été. Son nom signifiait en occitan : "le seuil de la porte". Il s’agit de Georges Lapassade. Il est né en 1924 à Arbus dans un village du Béarn ; comme Bourdieu, qu’il s’efforcera toute sa vie de ne jamais rencontrer. D’abord instituteur, il sera toute sa vie un pédagogue absolument non directif et reste l’un de ceux qui ont porté la pédagogie en France au croisement de la philosophie, de l’anthropologie, de la psychanalyse... Intellectuel virtuose de la marge, il s’intéresse à la psychothérapie institutionnelle et reprend à Félix Guattari cette notion, pour créer, au côté de René Lourau, l’analyse institutionnelle comme sociologie d’intervention. Sociologue d’intervention lui même, il a été très actif en Mai 68. Mais la liste de ses forfaits ne s’arrêtent pas là. En effet, il rejoint le LivingTheater, le Fhar (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), de nombreux groupe ou de situations dont il arrive toujours avec brio à se faire exclure. On pourrait dire en terme institutionnaliste que Georges Lapassade est à lui seul un analyseur permanent ! Comme il se plaisait à le dire lui même, non sans une certaine délectation : "Je ne fous pas la merde, je la remue !" D’après son ami le philosophe René Schérer, " ce Vieux guetteur anarchiste et nomade épiait, avec cette rare acuité de conscience qui avait toujours fait de lui un impeccable analyseur de ce qu’il aimait à nommer les « états de conscience modifiés »". La transe sous toute ses formes, l’université et plus particulièrement Paris VIII, le resto universitaire, ses étudiants étrangers, une curiosité intarissable, les gens de l’ombre, le rap, l’Italie, le Maghreb, les raves party, le vaudoo, l’entrée perpétuelle dans la vie, Emaus, les happenings, la soupe, les squatteurs, la provocation, la dissociation, ont été au coeur de ses mille et une vies.









