Affublé comme son nom l’indique d’une étiquette infamante, le cinéma pornographique est depuis ses débuts, c’est-à-dire depuis les débuts du cinéma lui-même, au centre de bien des controverses éthiques et politiques. On sait que l’Etat légifère sur les images sexuellement explicites, surveille leur circulation et les classe depuis plusieurs décennies déjà sous la lettre X pour les séparer des autres produits de l’industrie cinématographique. Aujourd’hui, l’internet et la diffusion croissante d’un porno amateur semblent avoir toutefois laissé bien loin derrière eux l’époque où quelques salles se spécialisaient dans le X.
Sa consommation ayant pour but la production d’une excitation sexuelle, il est dès lors tentant de réduire le porno à une finalité purement masturbatoire, s’inscrivant dans une économie des pratiques sexuelles.
Notre invité Julien Servois défend au contraire l’idée que ces productions racontent bien quelque chose, au-delà de la simple accumulation de scènes de cul. Son livre retrace l’histoire d’un genre, depuis son âge d’or jusqu’au post-porn et aux luttes internes au féminisme. Car c’est bien de genre, de sexualité, de normes et de la possibilité de contre-normes que ces images nous parlent. Si un certain féminisme a pu voir dans le porno la mise en scène des canevas les plus odieux de la domination masculine, d’autres y ont vu au contraire un terrain de lutte, soit pour la revendication d’un imaginaire spécifiquement féminin, soit pour une subversion de la police hétérocentrée des genres et des sexualités. Le cinéma porno est donc, dans ce qu’il racontre, politique, et de cela que nous discuterons aujourd’hui.









