« Plus qu’une « période » ou un « mouvement », le romantisme est un laboratoire toujours en activité, un lieu de possibles où n’ont pas cours les définitions arrêtées et les systèmes dogmatiques. C’est pourquoi penser avec et à partir du romantisme revient à risquer quelques hypothèses, à opérer des variations théoriques sur objets récurrents. Et s’il s’agit ici d’examiner quelques problématiques majeures des esthétiques contemporaines à la lumière du romantisme allemand : création collective, mélange des formes, poétique du paysage, art du chaos, et de proposer une généalogie romantique de l’art aujourd’hui, c’est aussi pour mieux imaginer celui de demain. »
Par ces mots, tirés d’un ouvrage paru en 2005 et intitulé Résonance du romantisme, Olivier Schefer restitue au romantisme sa portée vigoureusement inactuelle, bien loin des préjugés dont il est souvent l’objet : loin de la subjectivité envahissante, voire des emportements égotistes dont le mot est parfois chargé, il s’agit avant tout ici, on l’aura compris, de saisir un désir puissant d’hybridation des formes de l’expérience, un geste dont les potentialités se révèlent au-delà d’une période historique ou d’un courant littéraire établis. Zones d’attraction est attaché, vous le savez amis auditeurs, au Witz : terme allemand que l’on connaît souvent par Freud, et que l’on traduit parfois par « mot » ou « trait d’esprit ». Concept provenant en réalité, occasion nous est faite de vous le révéler aujourd’hui, de ce laboratoire extraordinaire que fut le premier romantisme allemand, et de sa revue inaugurale, l’Athenaum. « Trait » ou « mot d’esprit », certes, mais surtout connexion des hétérogènes, rencontre si chère à Lautréamont et qu’affectionnèrent les surréalistes, de la machine à coudre et du parapluie sur la table de dissection. Nous évoquerons avec Olivier Schefer ces résonances du romantisme qu’il s’évertue, dans ses écrits, à nous faire entendre. Mais en nous demandant, à partir d’un autre texte récemment paru sous sa plume : comment entendre, comment expérimenter de telles résonances ?
Dans Variations nocturnes, Olivier Schefer interroge l’insomnie, autrement dit, à travers la figure du « mauvais dormeur », les liens entre le corps et l’imaginaire de ces gens qui, pour parler comme Blanchot, parviennent à rendre la nuit présente. Devenant par moment lui-même le narrateur de ces traversées somnambuliques, l’auteur entend montrer comment celles-ci « déplacent essentiellement le rêve dans la vie, la nuit dans le jour, subvertissant au passage les limites de l’une et de l’autre ».
Déplacement du rêve dans la vie, de la nuit dans le jour : ne retrouve-t-on pas encore ici, dans l’écriture même de ce texte, comme une résonance pleinement assumée, encore une fois, du romantisme ?









