L’éducation est, au moins depuis Platon, une question éthique et donc directement politique. Poser la question de l’éducation, c’est se demander : qui éduque qui ? Pourquoi ? Comment ? Pour qui ? Un mouvement politique d’émancipation ne peut éviter de réfléchir à partir de ce fait anthropologique fondamental : l’homme est un animal pédagogique, qui se forme en formant ses semblables. Contrairement à la France, en Allemagne ou en Italie, la pédagogie est un champ investi par la philosophie. C’est une question fondamentale. Comme l’a montré et pointé justement Georges Lapassade, la formation s’inscrit dans un processus, un devenir, et ce processus est interminable. L’éducation peut ainsi se comprendre comme zone d’attraction, entre la subjectivité individuelle et le collectif, entre la biographie et l’histoire. Ces questions, nous les aborderons aujourd’hui avec notre invité, Armando Zambrano. Armando a vécu, étudié et travaillé de nombreuses années en France, avant de retourner dans son pays, la Colombie, pour enseigner les sciences de l’éducation à l’Université de Cali, et entamer un combat pour la formation des enseignants, pour l’université colombienne. Il a publié des ouvrages consacrés à la théorie de la formation, à la question de la biographie, de son rapport à l’histoire et au social.
Quel sens l’écriture, et plus précisément l’écriture de soi, peut-elle prendre dans un projet d’émancipation pour les colombiens aujourd’hui, autrement dit comment la biographie, comme moyen d’écrire une autre histoire, peut-elle ainsi permettre aux individus d’écrire leur propre histoire loin de la grande histoire officielle ? Dans le contexte de la réforme des universités européennes, notre invité nous parlera de son combat pour la formation et pour l’université colombienne et ce qui nous permettra d’entamer un débat inactuel sur l’université : en effet, quel peut être le sens de l’université aujourd’hui ? Quel sens celle-ci prend-elle dans un cadre où toute lisibilité politique semble exclue ? Et, plus largement, qu’est-ce que tout ceci nous apprend sur ce que peut l’université ? En ces temps de réforme néolibérale de l’université, il semble en effet que la question ai été oubliée de ce que peut l’université. Comme le pointe souvent Armando Zambrano : « Regarde l’école d’un pays et tu verras de quelle société il s’agit ! » Aussi nous ne ferons pas l’impasse sur le contexte politique et social colombien, qui, en France semble échapper à nos catégories politiques générales, du fait également d’une médiatisation qui n’a cesser d’obscurcir notre perception.









